La gare de Narbonne

C’était un jour de grève dans la gare de Narbonne

j’étais de bonne humeur et les passants passaient

les passants passaient tous et voilà qu’un grand homme

s’arrêta devant moi comme pour me parler

 

il avait la gueule cassée

par le temps le vin et le mauvais temps

il avait la gueule cassée et me dit en s’avançant

 

« Hé gamin, la guitare est-ce la tienne ?

Peux-tu me la prêter, s’il te plait ? Moi la mienne

on me l’a chourée il y a de ça deux semaines.

Ouais je suis un mec comme ça j’ai pas souvent dl’a veine »

Il m’a dit que chez lui c’est tous des musiciens

y a ça fille au piano y a ça femme au saxo

et lui qu’il chante bien

et vu qu’il chante bien il m’a joué un morceau

 

Il n’y avait pas de rime riche, il n’était ni bon ni chanteur

il joue et le reste il s’en fiche, se moque bien de ses erreurs

il joue et le reste il s’en fiche

 

cette chanson parle de sa femme

qui l’a quitté y a cinq ans

elle parle de sa vie infâme

de la misère évidemment

comme un fardeau rempli d’aiguilles

cette chanson parle de sa fille

évidemment

 

Sa femme était belle dans sa colère

comme toutes les femmes du monde

il aimait trop les femmes d’ailleurs

pour n’aimer qu’elle chaque seconde

elle l’a donc foutu à la porte

depuis sa vie est moitié morte

la fille n’a jamais revu le père

depuis maintenant cinq hivers

 

maintenant il vit dans la débrouille

le vin luttant contre la rouille

sans soulier les mains qui s’écorchent

souillé sans sou dans sa sacoche

il se raccroche il se dépouille

se démène ou bien se défoule

 

il avait la gueule cassée

par le temps le vin et le mauvais temps

il avait la gueule cassée et me dit en s’en allant

 

« T’sais petit, dans la vie faut pas faire de connerie. »

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